19.04.2007

Arrivee au Senegal

Nous posons nos sacs à l’Auberge de Jeunesse de l’Amitié, proche de la BCI ds le centre ville, et s’ensuivent 4 jrs de repos, de lecture, de rédaction et de glandouille pr moi, sans oublier de profiter de la bonne bouffe évidemment. Beignets, brioches, baguette et fatayas (pain frit fourré aux oignons et à la viande) scandent mes petits déjeuners et je goûte pr la première fois au maffé (riz à la viande) et au thiébou dienne (riz au poisson), deux plats sénégalais qui m’accompagneront durant 80% de mes repas pour le reste de mon séjour en Afrique. Après nous avoir emmené avec Paolo au marché noir pour que j’y change ougui-ouguis mauritaniens contre francs CFA, Fadel nous fait visiter l’un des nbreux marchés de Nouakchott, le « Sixième ». C’est un jeune guide bien sympathique qui jongle entre la Mauritanie et le Sénégal, ayant les 2 nationalités, pour effectuer ses produits touristiques. Mais aujourd’hui c’est son jour de congé et il nous fait volontiers découvrir la capitale. Nous passons plus d’une heure au marché noir (curieusement, bcp de marchés sont noirs en Afrique… étrange constatation vous me direz) à tenter de débusquer celui qui nous fera le meilleur taux de change. Ds ce haut lieu d’effervescence humaine et de trafic de tte sorte, ils sont tous ligués et mentent éperdument lorsqu’ils me disent qu’ils achètent 5000 CFA à 2630 ougui et qu’ils veulent me faire le taux de change à 2650, soit un bénéfice pour eux que de 20cts d’ougui tous les 5000 CFA… les pauvres ! Non, non, impossible de faire confiance à l’Homme ds ces lieux où le fric est le Maître Mot ds la bouche de chacun. Ca pue l’arnaque ! Ds cette ambiance de couleurs où la foule se bouscule et produit le plus gai des brouhahas, ils sont des dizaines à se jeter sur moi, calculatrice à la main, à me faire leur offre, la meilleure offre, « l’occasion de ma vie »… Finalement je prends plaisir à rentrer ds leur jeu et marchande sévère avec eux. Mon prix est fixe, largement en dessous de la barre qu’ils désirent, immuable. J’annonce mon tarif en 1er : 2600. Je pense que je ne les vole pas avec ce prix car ils doivent en réalité l’acheter à 2500, mais ces choses là ne se disent pas. « 2850 ! C’est le mieux que je puisse faire pour toi mon ami… c’est un bon prix ! » « Pas grave, je vais négocier avec qqu’un d’autre. » et lui de revenir à l’assaut avec une proposition à 2750, 2700, 2680, 2670… Après avoir vu quasiment tous les petits changeurs du coin, soit une bonne vingtaine, 1h30 de palabres et de tapotements sur calculettes, tt le monde m’a repéré comme le petit merdeux qui s’est renseigné sur les prix officiels et ne veux pas se faire avoir. Et je ne me ferais pas avoir, du moins suite au taux de change que j’ai consulté sur le net. Ce n’est pas aujourd’hui qu’ils vont plumer leur dindon et pour ça je ne me fais pas des amis même si le mot « frère » vole à tout va. La tension monte ds leur camp et je commence à recevoir de mauvaises réflexions comme quoi j’exaspère tt le monde et que je fout la merde ds le marché noir… Ok, j’ai compris, j’me casse, en choisissant ttefois de changer mon argent avec le dealer à la meilleure offre, soit 2640. C’est le mieux que je puisse faire d’accepter cette dernière proposition et je change 40 000 ougui-ouguis. A la fin de l’échange il tente de modifier les chiffres et m’en demande plus mais je rends grâce à la génétique de m’avoir donné la fermeté de mon père et prends un malin plaisir à le rembarrer dans ses billets et le gifler d’un « Non ! » sec. Il n’empêche que j’ai bien aimé cette petite virée au marché noir. Ds cet endroit, faut être sûr de soi et faut surtout pas se brusquer. Comme le dis un proverbe Touareg « Ils ont la montre, nous avons le temps ! » et c’est exactement ds cette logique africaine qu’il faut prendre son moule.

22/03 – Cap sur le Sénégal ! Je met les voiles et pédale comme un furieux pour m’extraire au plus vite de la capitale. Depuis mon arrivée à Nouadhibou je n’ai pas enfourché mon Simba, cela fait maintenant 13 jours ; cette nouvelle montée en selle me laisse tt euphorique et j’appuie de plus belle sur les pédales. 15kms me seront nécessaire pour sortir de cet enfer de circulation anarchique et nauséabonde avec ts ces moteurs mal réglés. Tout en m’éloignant de ces constructions urbaines hideuses et non planifiées, le paysage devient vite plus ouvert et désertique, sans intérêt particulier mais je préfère ça. La route est bonne. Durant les 200kms me séparant de Rosso, je trace et établirais le nouveau record kmétrique du voyage avec 170kms ds la 1ère journée. La quantité importante de chiches habitations (devrais-je dire campements ?) bordant la route et d’enfants sifflants mon passage et mendiant « cadeau, cadeau ! » me fait fuir et je n’aurais quasiment aucun contact humain jusqu’au fleuve Sénégal. Même m’arrêter pour demander de l’eau devient la plaie et je me ravitaillerais ds une gde poche d’eau déposée en bord de route non loin d’un campement. Au fil de mon avancée, je sens que je quitte le Sahara pour pénétrer ds les contrées Sahéliennes aux paysages de savane. L’approche du gd fleuve se fait sentir par un changement ds le type de végétation et la topographie qui se transforme d’une surface parfaitement plane à un enchaînement de gdes collines sur lesquelles la route grimpe et redescend. A Rosso, frontière fatidique pour les voyageurs prenant le bac, je bifurque à l’ouest sur une bonne piste rejoignant le barrage de Diama, point de passage plus calme en aval du fleuve. Qqes 87 kms sont nécessaires pour y parvenir en longeant les abords marécageux du gd cours d’eau. Le paysage estuarien est plaisant et la piste est très praticable mais la chaleur devient vite écrasante à l’approche de midi avec une température atteignant 44 degrés sur ma montre. Je m’abrite ds une petite case de riziculteurs en bordure d’un champ inondé. Les fourmis m’assaillent pdt le repas et la sieste. Je ne peux repartir que vers 16h30 une fois la grosse chaleur passée. Je roule jusqu’à 18h, profitant de l’atmosphère moins étouffante et me pose en bord de piste, exténué, face à un décors de roseaux et de milliers d’oiseaux qui s’envolent. De nombreux troupeaux de vaches aux allures rachitiques et aux longues cornes pâturent et j’ai même la chance de croiser la route de plusieurs phacochères, dont un qui viendra s’abreuver au soir proche de ma tente. Celle-ci me sera d’ailleurs d’un gd secours pour me protéger de l’attaque des moustiques tte la nuit. N’ayant dressé que la toile inférieure en ces nuits torrides, la moustiquaire se retrouvera bientôt noire de ces petites bêtes sanguinaires qui veulent butiner mes veines. Je passerais une nuit « vrombissante » sur les bords du fleuve et ne lèverais le camp qu’à 7h30, lorsqu’ils auront disparus pour éviter les piqûres sanglantes.

24/03 – Je loupe le village de Keur Massène, pourtant sur ma route… comprend pas. Je n’ai plus d’eau et avec le thermomètre qui commence à grimper sérieusement, j’ai vite soif ! Ne trouvant aucun point pour faire le plein sur des kms, je sors mon filtre à eau et aspire ds une bouteille d’1,5L l’eau croupie d’un marécage ds lequel des vaches ont pataugées. Le précieux liquide en ressort translucide mais garde un petit goût vaseux… qu’importe, j’ai maintenant de l’eau buvable grâce à ce petit appareil ingénieux et n’en tomberais pas malade. La traversée du Parc National du Diawling est intéressante du point de vue faunistique et il est certain qu’une graine d’ornithologue muni d’une bonne paire de jumelles en aurait davantage profité que moi. Je sympathise avec les gendarmes à un check point et ils m’exonèrent la taxe de passage en me voyant à vélo. Juste avant le barrage, je croise un cyclo Allemand effectuant le chemin en sens inverse pour retrouver l’Europe… après 9 ans de pérégrinations autour du monde ! J’hallucine. Serais-je face à un 2nd Claude Marthaler ? Pas tout à fait car bien qu’ayant effectué une sacrée distance et traversé de nbreux pays, il me semble qu’il lui manque qqe chose sur le plan des contacts humains. En tt cas il parait las et dégoûté de l’Afrique et ses occupants, impatient de rentrer chez lui. D’un coté c’est compréhensible et puis d’un autre je suis étonné de la dureté de ses propos. J’échange mes derniers ougui-ouguis contre ses derniers francs CFA, les comptes tombent quasi exactes… coïncidence ! Au sortir de la Mauritanie je fais le plein en eau et franchis la digue pour mettre les pieds au Sénégal. Paf ! Un coup de tampon sur mon passeport et les portes du Sénégal me sont ouvertes ! Pour fêter ça je m’arrête ds le petit resto derrière le poste et demande un thiébou dienne. « C’est 1000 francs ! » me dit ma patronne. 1000 francs ?! « Mais c’est du vol ! D’habitude ça ne dépasse pas 500 francs… » « Ok, ok, pour toi je le fait à 700. » J’accepte à contre cœur, ne sachant pas à quelle distance se trouve la prochaine gargote sur cette route menant à St-Louis. Il est 13h30. Fadel m’avait dit de ne pas payer plus de 500… Juste pour voir, je demande à un client sénégalais buvant un coca frais combien il a payé celui-ci : « 250 ! » Merci. Et je questionne la patronne « Combien coûte le coca ? » « 500 ! » Cette fois s’en est trop, cette dinde se paye la tête des toubabs et je ne supporte pas cette discrimination. « Dites, pour le thiébou dienne, vous trouverez un autre dindon pour le manger. Vous n’êtes pas honnête avec moi. » « Pas de pb ! » Pas de pb… ds le fond elle n’a pas tort car ils doivent en voir défiler des touristes qui mordent à l’hameçon sans se soucier. Je ferais 50kms de plus s’il le faut, mais faut pas que je reste là. Ne pas s’attarder aux frontières, lieux de ttes les arnaques… Finalement pour ce midi ce sera sandwichs fourrés aux spaghettis à la sauce piment. Comme si je n’avais pas déjà assez chaud comme ça, il faut en plus que je m’enflamme la gueule ! Depuis un moment déjà les salutations avec les gens deviennent assez cocasses : « Bonjouw touba ! Nagadef, ça va bien ? » « Bonjour, oui ça va bien. Et toi, ça va ? » « Maniferek, ça va ça va. Ca va bien bien bien. Et ça va comment chez toi ? » « Ca va bien » « Aaaaah, c’est bien alors si ça va bien… Sinon ça va ? » « …  CA VA BIEN ! »…  Il faut dire que le wolof est une langue marquée par bcp de répétitions lorsqu’ils veulent mettre l’accent sur un mot en particulier et ce réflexe transparaît naturellement en français. A 14h je cherche un brin d’ombre pour échapper à la chaleur écrasante et me pose sous le fut d’un maigre eucalyptus. Je fais la rencontre de Soulemane, un pêcheur du coin qui est intrigué par ma présence. Après un long échange en plein caniard, lui sur son vélo et moi avachis sur mon tapis de sol, il me propose de venir manger le tiébou dienne chez lui. Ce sera donc mon goûter ! Il me conduit ds son village et je ne tarde pas à me faire entourer d’une horde de gamins qui se mettent à pousser mon vélo alors que je galère ds les petites ruelles de sable. A la maison, c’est l’euphorie générale : un toubab est invité dans la demeure… ce qui visiblement n’est pas souvent le cas chez cette famille sénégalaise. Tout le monde s’affaire donc à vite nettoyer et faire de la place pour le père de famille et son invité dont il parrait si fier… Sa femme nous sert le tiébou dienne, soit une grosse gamelle en inox remplie de riz avec carottes, choux, aubergine, manioc et poisson. Bon, le truc chiant c’est qu’en fonction des tiébou diennes les poissons sont différents et contiennent plus ou moins d’arêtes et celui-là en particulier me donne du fil à retordre. Mais dans la majeur partie des cas lorsque je me fais inviter à manger, ce sont mes hôtes qui me déchiquetent au fur et à mesure du repas des morceaux de chair de poisson ou de viande et les jettent dans ma portion de riz. Un peu jaloux en voyant son jeune frère manger avec un blanc, le frangin de Soulemane m’apporte à son tour une gamelle de tiébou dienne qu’il désire partager avec moi… je me force pour ne pas faire de jaloux. A 17h nous repartons ; Soulemane doit pêcher pour faire vivre la famille et il me dit que si nous avions eu plus de tps il m’aurait emmené en pirogue observer un hippo qu’il a repéré sur les bords du fleuve… Mais nous avons le tps ! Bon, c’est pas grave, lui doit pêcher mais je reste bien vert. Je m’embarque sur un petit chemin de terre qui me conduit en pleine brousse et sur les abords d’un affluent du Sénégal à la recherche d’un campement. Je dégotte l’endroit idéal sous un grand arbre avec une ouverture sur l’eau entre les roseaux. Encore une fois, les moustiques ne me laissent pas de répit et je suis contraint de vite expédier mon repas pour me réfugier sous la toile de tente qu’ils s’empressent de percer de leurs petites seringues, en vain. Sales bêtes !

 

04.04.2007

4 jours de marche dans le desert

09/03 – Le gardien m’interpelle au matin alors que je me prépare une semoule d’orge. Il me propose de changer de l’argent ; ça tombe bien car il me reste pas mal de dirhams. Reste à négocier le taux de change… Je pensais que ce dernier était à 330, il me le fait à 329, j’accepte. En fait, il avait grimpé depuis et était passé à 350… Je me suis fait baiser ! Ne jamais accepter la première proposition de change même si elle vous parait potable, c’est qu’il doit y avoir baleine sous gravillon… Ecartons la paranoïa mais ne soyons pas dupe, nombreux sont ceux qui tentent de se faire de l’argent sur le dos des touristes lors de conversions de monnaies. Bah, qu’importe pour cette fois-ci, rejoignons Nouadhibou au plus vite. Dans la ville, le 1er tour des élections présidentielles approche et la population s’apprête à accueillir chacun des 19 candidats pour parler politique sous des tas de petites tentes disposées un peu partout ds les rues. Les campagnes présidentielles ne volent pas bien haut, arborant des slogans peu recherchés sur des affiches qui paraissent plus comme des publicités que des transmissions d’idées politiques, agressant le regard sur chaque poteau, chaque coin de rue et mettant en exergue le retard politique relatif de ce pays. Au camping ABBA je pose mes affaires sous une tente pour 2000 ough la nuit et fait la rencontre d’un jeune couple de québécois et d’un italien voyageant ensemble depuis Dakhla. Nous sympathisons bien vite et ils m’apprennent leur départ cet après midi même pour Atar via le train minéralier des mines de Zouerate… c’était aussi mon plan ! mais avec qqes jours de décalage. Sous la douche, ça cogite ds ma tête : avancer mon départ et filer avec eux pour Atar aujourd’hui même ou leur proposer de décaler leur départ d’un jour ? Le pb est que cela fait déjà 3 jours qu’ils sont sur place et veulent absolument changer d’endroit. Je décide donc de prendre mes qqes jours de repos comme prévu, mais cela ne durera pas car après les avoir accompagnés à la station de train à qqes kms de là et après avoir poiroter de lgues heures à discuter avec eux, je tente le tt pour le tt et décide de rentrer en vitesse au camping chercher la remorque… une décision vraiment prise au dernier moment puisque le train doit arriver d’un instant à l’autre. Craignant d’arriver trop tard et de les voir partir sous mes yeux, je mets les bouchées doubles et speed à contre vent. Le tps de chopper mes affaire et je file en douce du camping… il est 17h. Bad boy ! Je les rejoins donc à gde allure, porté cette fois-ci par le vent ; le train n’est tjs pas passé. Ouf ! Ce qui a motivé mon chgmt d’avis brutal c’est cette aide qu’ils représentaient pour moi à hisser mon chargement dans les wagons, une aide que j’espérais en pensant à ce train, et puis je l’avoue, il est plus sympathique de vivre cette expérience unique à plusieurs… L’idée improvisée d’une méharée ds le désert avec eux est également un point qui m’intéressait. Un peu de chgmt, de nouvelles rencontres et d’imprévu seront les bienvenus, d’autant plus qu’ils ont l’air super sympa et que le contact passe tt de suite. Un peu de marche ds le désert de sable me sera du plus gd bien… Reste à trouver une bonne offre sur place pour une semaine d’organisée, car bien qu’ayant déjà fait une méharée en 2003 ds l’Erg Ouarane, je n’ai aucune idée des prix sur-place ; je m’attends cependant à une prestation touristique bcp plus classique que notre dernière excursion organisée par Hommes et Montagnes, prestataire touristique français. En revanche, le risque à être parti à l’arrache comme ça c’est qu’il ne me reste que peu d’argent liquide et les québécois m’apprennent qu’il est impossible de retirer du cash par carte bancaire ; seule l’option d’un transfert s’impose, en espérant qu’il y ait un Western Union sur Atar… Ce que nous redoutons également ce sont les éventuels ennuis que mon chargement pourrait nous apporter concernant les transports en pick-up que je m’engage à effectuer avec eux. Chacun s’y prépare, nous traiterons donc ces petites difficultés au moment venu. L’essentiel est de prendre plaisir de cette rencontre fortuite et d’apprécier l’aventure du voyage qui nous attend, une aventure qui s’annonce pétillante à vivre entre nous quatre, nouveaux compagnons de voyage éphémères pour la prochaine semaine et demie. Le train devait passer à 15h, finalement il n’y aura que 2 trains aujourd’hui au lieu de 3 et l’attente se prolongera ds le sable jusqu’à 21h avant qu’il ne se pointe. Nous avons pris soin de faire qqes provisions pour cette nuit qui s’annonce rocambolesque… Je m’attends bien plus que mes nouveaux camarades à mordre sérieusement la poussière cette nuit, ms ce qui va s’ajouter à ces 460kms de traversée désertique sur un train de 2kms de long, plusieurs milliers de tonnes et brassant inlassablement un nuage de poussière, ce que nous ne pouvions prévoir c’est qu’un vent de sable était sur le point de se lever et de s’abattre sur l’Azzefal Mauritanien pdt 1 nuit et un jour. Pas encore la tempête de sable mais presque… Nous embarquons donc dans une nuit noire à l’intérieur de notre wagon et procédons avec méthode au hissage de nos bagages, soit un vélo, une remorque et 4 gros sacs. Tt excités comme des gamins ds notre nouvel habitacle à ciel ouvert transportant du minerais de fer lors du trajet inverse, nous trépignons de plaisir à l’idée d’être enfin ds les entrailles de ce train mythique (le plus long du monde ?) qui transporte la ressource première du pays. Nous explorons chaque recoin de ce petit wagon qui nous arrive à hauteur de poitrine et disposons les bagages pour ne pas que tt valdingue lors des secousses. Il parait que le train déraille régulièrement… reste plus qu’à avoir la détente rapide et le bon réflexe + l’agilité de sauter du bon coté ! Au matin nous apercevrons qqes wagons abandonnés sur le bord de la voie, complètement déformés, écrasés, écartelés sous le poids d’une chute évidente et du chargement de minerais… La vue hallucinante de ce train fantôme disparaissant dans les ténèbres d’un air opaque, sableux, ne laissant plus se distinguer le ciel de l’horizon, et cette lumière blafarde filtrant à travers une atmosphère orangâtre encombrée de ces carcasses de wagons nous laisse un souvenir assez glauque de cette matinée de mars. Un claquement retentit brusquement au loin en tête du train et se répercute à tte allure avec brutalité vers nous jusqu’à ce que la secousse nous éjecte violemment en arrière et ds un fracas infernal. Ca y est, la lgue file des centaines de wagons est en marche, le train est parti, l’aventure de ce voyage en groupe commence enfin. La nuit au début étoilée va vite laisser place à une atmosphère que l’on devine poussiéreuse, irrespirable et où les cheichs s’avéreront d’une utilité plus psychologique qu’effective contre le gros nuage noir qui nous enveloppe et se confond ds la nuit. Les yeux ont du mal à s’ouvrir sous cette pluie de particules qui nous assaillent et s’immiscent de partout sous nos vêtement. Mes 3 compagnons s’installent bien vite sur la couverture de survie à même le sol ferrugineux de la carlingue brinquebalante. Les québécois emmitouflés dans leurs sacs de couchage bientôt full recouverts de poussière essayent d’y trouver un maigre sommeil. L’Italien s’allonge aussi et se protège comme il peut des assauts du sable. Moi je reste debout appuyé sur le rebord du wagon à regarder défiler le désert invisible, imaginaire ds la nuit et je m’émerveille de l’instant magique, à filer à travers le désert et sous les étoiles ds ce train poussiéreux… Pour rien au monde je ne voudrais me trouver ailleurs à ce moment précis, même si mes yeux s’obscurcissent petit à petit sous un voile noir…

10/03 – Dans la nuit inconfortable marquée par qqes arrêts, nous parvenons tt de même à trouver un sommeil léger pdt qqes heures. Au lever du jour, le disque solaire apparaît clairement telle une orange ds le ciel poussiéreux et opaque. Les wagons disparaissent de part et d’autres de la voie ferrée, nous ne savons pas où ce train fantôme nous emmène. Nous vaquons ici et là ds notre habitacle à regarder défiler cet étrange paysage presque cauchemardesque, mais tellement envoûtant, sous des nuées de sable. Qqes têtes enturbannées apparaissent ds les wagons mitoyens, ttes aussi enfarinées que les nôtres. Nous avons beau nous protéger au maximum, nous retrouverons pourtant constamment de cette fine poussière sableuse un peu partout ds nos bagages au fil des prochaines semaines. De tps à autres, on devine des ombres de troupeaux de chameaux errant entre les éthels épars non loin de la track. Notre arrêt final se fait au km 460 à 8h30, après 11h30 passés ds un wagon de ferraille. Choum, tout le monde descend ! Déjà les premiers pick-up font leur apparition pour le transport des qqes passagers pour Atar. On nous saute dessus évidemment et la négociation des prix s’avère corsée dès le départ notamment à cause de mon chargement qui fait monter les enchères de façon exponentielle. Insatisfait, ns décidons de marcher vers le village un peu plus loin pour trouver plus de concurrence. Les maisons de terre apparaissent lentement ds la morosité d’un village qui nous parait mort, abandonné ds les brumes de ce vent de sable. C’est finalement avec la même face de cul qu’il nous faut négocier les tarifs d’un transport pour Atar. Il gère apparemment ts les transports. Sa tête et son attitude ne me reviennent pas du tout ; c’est un voleur assurément et il profite d’une non concurrence entre les chauffeurs pour nous extorquer. 1700 oughs est le prix par passagers mais les mauritaniens ne payent pas pour leurs bagages et c’est donc là-dessus qu’il compte bien nous rafler. Il nous charge 2700/pers, bagages inclus ms c’est assurément mon vélo qui cause une envolée injustifiée du prix. Il est juste que mes compagnons payent moins ; je négocie dure avec lui pour lui proposer qu’ils payent chacun 2000 et moi 3000 mais il se braque et reste buté comme un imbécile. C’est à 3500 qu’il acceptera le deal, et moi j’ai la nette impression d’avoir été le dindon d’une grosse arnaque. Au moins, j’aurais sauvé la mise pour mes compagnons de voyage qui bénéficieront d’un tarif raisonnable. Je hais ce type. Nous embarquons après de maintes discussions salées et à contrecœur à l’arrière d’un pick-up déjà hyper chargé. Je n’aurais que rarement vu de pick-up aussi bondé que celui ds lequel ns ns apprêtons à affronter 120kms de piste scabreuse pour 3h de transport inconfortable et dangereux. Les enfoirés, ils auraient pu mettre un 2ème véhicule à disposition pr mieux répartir les charges car du point de vue sécurité, c’est nous qui l’avons ds l’os ! Au vu de la situation, je fais mes dernières recommandations au chauffeur pr qu’il n’appuie pas trop sur le champignon et j’embarque à mon tour ds ce cercueil ambulant… Simba et Bob sont attachés par de petites cordelettes sur un gros filet qui pendouille à l’arrière du pick-up, nous sommes amoncelés comme nous pouvons sur les mtagnes de bagages qui recouvrent déjà le truck et sommes contraints de nous asseoir sur le toit et les rebords instables. A chacun de trouver la bonne position qui lui permettra de durer le plus lgtps possible avant que le sang ne s’arrête complètement de circuler ds les membres et qu’il ne doive bousculer tt le monde pr changer de posture. Nous allons donc tjs ds cette dense enveloppe de poussière sur une piste très chaotique, nous accrochant à ce que nous pouvons pour rester à bord lors des secousses… Les têtes emmitouflées ds nos cheichs, fatigués d’une nuit déjà bien mouvementée, les yeux cachés sous nos lunettes de soleil, nous broyons du noir ds cet enfer de sable, mais nous ne disons rien. Nous restons muets et immobiles comme des zombies, attendant patiemment que le tps s’écoule et que la piste nous mène à Atar. Aujourd’hui, le désert a décider de nous en faire baver… chacun prend sur soi. J’essaye d’écarter le souvenir d’un accident de route survenu lors d’une de nos nombreuses excursions ds le désert en Oman. A 80 à l’heure, un pneu creuvé ou un essieu qui casse, ça ne pardonne pas, d’autant plus lorsque le véhicule est chargé de vies humaines… nous sommes 17 à bord + un mouton ! Ce dernier se débrouillera d’ailleurs pour chier, on ne sait comment, dans la culotte de Cécile tellement il était serré contre elle… PQ s’il vous plait ! Dans sa course aérienne, le soleil commence à nous abrutir sérieusement au fil que l’atmosphère se dégage et un arrêt s’impose lorsque Dave se met à vomir sur Simba… Je pense à ce jeune couple québécois qui a fait cette même route à vélo jusqu’à Atar et m’imagine à mon tour pédalant dans ces conditions sur cette piste infernale. C’est ce qui serait arrivé qqes jours plus tard si je n’avais pas rencontré ces jeunes backpackers. Le paysage plat, sableux et parsemé d’éthels se transforme en véritable mtagnes rocheuses qu’il nous faut gravie sur une piste inclinée. Déjà les premiers tarfs apparaissent, ces morceaux de hauts plateaux dégagés par l’érosion et isolés du plateau principal, sûrement les débuts du vaste massif de l’Adrar. L’arrivée sur le bitume pr les qqes derniers kms marque un soulagement et une arrivée promise à Atar. Nous débarquons ds la bourgade désertique tt poussiéreux et ivres de fatigue après ces 15 dernières heures rocambolesques et tumultueuses. Nous devenons susceptibles et il ne nous en faut pas bcp pr rejeter sèchement l’abordage des qqes petits curieux tentant d’établir avec nous un contact commercial. Heureusement, la providence est avec nous et nous croisons Bahal au détour d’une petite rue, le propriétaire de l’auberge vers laquelle nous nous dirigions. Petit et bien enveloppé, de petits pieds tt boudinés, durant la prochaine semaine nous aurons l’occasion de découvrir ce personnage qui ne manque pas de tact avec les touristes francophones au premier abord… Nous retrouvons enfin le calme à l’intérieur des enceintes de l’auberge et disposons nos affaires sous une gde tente. Malgré le peu de pression et le petit filet d’eau qui coule, la douche froide me fait un bien fou, autant physique que moral. L’eau est noire… c’est là que je sens qu’une douche sert vraiment à qqe chose et que je n’ai pas l’impression de gaspiller la ressource pour rien. Ensuite, dégustant qqes oranges juteuses accompagnées de thé, Bahal nous expose une proposition de séjour dans le désert : une randonnée chamelière de 4 jrs entre Chinguetti et Ouadane + une première journée de 4*4 en passant par la montagne de Zarga. Au total 6 jrs de prestation touristique à 8000 ough/jr/personne, repas et nuitées compris. « Normalement c’est 10000/jr/personne mais comme vous êtes mes amis, je vous le fait à 8000 ! » … Cette phrase marque tt de suite en moi le type de prestation touristique qu’il nous propose et le genre de guide que cela va être. Mais le tarif peu élevé nous satisfait avec 137 euros par personne pour 6 jours et 7 nuits (dont 4 en auberge). Nous établissons sur un contrat écrit les détails du parcours, kmétrage et conditions de la prestation, puis nous payons d’office la moitié pour qu’il aille faire les première courses. Portant, Dave et moi avons un mauvais pressentiment qui malheureusement se confirmera au fil du parcours… Je me dis que finalement ce contrat est notre garantie pour ne pas nous faire arnaquer en fin de voyage et j’ai mis une attention particulière à y préciser chaque moindre détail. Nous sommes samedi et les Western Union sont fermés le WE. De retour le WE prochain, il se posera donc le pb pour moi de l’argent pour payer ma seconde moitié. La situation s’arrangera lorsque les québécois consentent à m’avancer les sous que je leur rembourserais à Nouakchott. Le soir, je dors mal avec tous ces moustiques qui me bzzzzzt dans les oreilles…

11/03 - Je laisse mes affaires de vélo à l’auberge sans gde confiance et nous montons à 4 sur la banquette arrière d’un 4*4 de Salima Voyage, le luxe après notre petite aventure d’hier ! Les dernières petites courses s’imposent dans Atar et Bahal oublie presque de prendre le réchaud à gaz si on ne lui avait pas fait penser. Je le tanne un peu avec mes questions « as-tu pensé à ci, n’oublie pas ça… », mais d’habitude c’est moi le cerveau ds les excursions que j’encadre en kayak sur le Saguenay, c’est plus fort que moi. Il en oubliera tt de même son sac de couchage, de bonnes chaussures de marche, des gourdes pour sa consommation d’eau personnelle et il aura le culot de nous taxer notre eau filtrée ainsi que nos sandales durant le séjour… il nous demandera même qu’on lui prête un de nos sac de couchage mais là, il peut tjs rêver et il se pèlera le cul tt seul sous sa tente (et non la mienne dont il m’a fait la demande) ; ça lui apprendra à mieux s’organiser et penser à tt avant le départ. Nous remontons le plateau de l’Adrar via cette route très raide sur laquelle nous avions calé à cause d’un troupeau de chameau obstruant le passage. Dans cette voiture je me sens vraiment comme un touriste (et tt spécialement avec Bahal devant comme « guide ») alors qu’à vélo le sentiment n’est pas le même ; je me sens comme un voyageur, et il y a une gde différence entre les deux pour moi. Mais bon, j’ai accepté d’endosser cette image pdt les 6 prochains jrs donc j’assume. Notre nouveau guide nous fait conduire à la montagne de Zarga, une petite chaîne en blocs de grès foncé qui jaillie du plateau désertique. Tout autour de l’édifice naturel de magnifiques et gigantesques dunes ont pris place en s’adossant contre la montagne et étalant leurs long bras tentaculaires parmi les éthels dispersés. Pdt que lui s’affaire à préparer le repas de midi, nous gambadons à travers sables et rochers et apprécions la vue depuis le haut de la dune faîtière. Je grimpe ds une cheminée gréseuse et escalade qqes blocs pour me rendre tt à fait au sommet de Zarga. Superbe endroit auquel il débarque à chaque fois ses groupes de touristes et dont j’ai la nette sensation d’y être déjà passé… Mais bien sûr ! C’était le lieux qui marquait la fin de notre méharée avec Hommes et Montagnes et où nous avons quitté les chameaux pour rembarquer ds les 4*4. Avant de le rejoindre pour dévorer un gros plat de spaghetti, nous dévallons la plus grande dune par une crète qui se termine en flèche de sable entre les éthels. A la fin du repas un troupeau de Néerlandais débarque, moteurs 4*4 vrombissants du genre Paris-Dakar. Les coffres pleins, bien sapé aventurier style Camel Trophy, couleurs flashy sur les carrosseries ttes sponsorisées, ils descendent vers Dakar et vendront ensuite les voitures pour une bouchée de pain. « Too easy ! » nous dit l’un d’entre eux, clope au bec, l’air blasé jusqu’au bout des semelles… Exactement le genre de type que je peux me passer de voir. Bahal donne le surplus de nos spaghettis à qqes chauffeurs mauritaniens… Il exagérera d’ailleurs souvent les quantités de bouffe durant les 6 jrs, et bien que je fasse partie du groupe, mon maigre état de santé ne me permettre pas de les aider à finir les restes. Sur les 4 jrs de marche désertique, je serais malade pdt les 3 premiers jours, qqes pbs gastriques qui me vaudront de bonnes purges en me vidant de mes liquides corporels. Le plus embêtant sera l’affaiblissement physique dont je serais victime, surtout le 1er jour où je prends du retard sur l’avancée du groupe et me retrouve contraint de monter sur le méhari. Je dis « contraint » car au niveau confort, être sur un dromadaire ce n’est pas le top, d’autant plus lorsqu’on est malade ! Mais au bout de qqes heures on commence à s’y habituer et à trouver les positions de jambes adéquates… (non, il n’y a pas d’insinuations douteuses !). J’y prendrais même un certain plaisir à me trouver sur cet animal, dodelinant dans le désert, malgré mon estomac en vrac. Du haut de cette bosse poilue, on a un autre point de vue sur le panorama désertique qui s’offre à nous et sur les gens qui marchent autour en contre bas. Mr Kitting dans Le Cercle des Poètes Disparus avait raison, en changeant son point de vue sur le monde on apporte un regard nouveau sur les choses on s’ouvre un peu plus l’esprit.

Notre passage à Chinguetti ne fut pas des plus palpitant et je comprend pqoi nous avons bien fait de ne pas y passer lors de notre dernière méharée avec Hommes et Montagnes. Cette bourgade touristique est un tas de pierraille qui tombe en ruine, servant au passage de déchetterie, puant l’urine et dont les ruelles sont parcourues par de petits vendeurs d’objets « artisanaux » qui vous sautent dessus en espérant vous soutirer qqes sous. Non vraiment, cet endroit n’est pas pour moi et je m’y sens mal… comme un vrai touriste parmi tant d’autres. La visite de ces vieilles bibliothèques tant réputées et regorgeant de manuscrits ne me tente absolument pas et, dégoûté de l’endroit, je quitte le petit groupe pour rentrer à l’auberge… et écrire qqes pages de ce cahier dans lequel je prends du retard. Je passe une mauvaise nuit et vomis à plusieurs reprises dans les chiottes turques… cela ne fait que m’annoncer la couleur des jours à venir ! Au sortir de Chinguetti, nous suivons des traces de 4*4 sur plusieurs kms et devançons qqes autres caravanes touristiques… J’avais oublié ! Nous avons choisit un produit touristique classique en empruntant un itinéraire très fréquenté et accompagné d’un guide improvisé. Cela doit-il être le prix à payer pour une prestation pas chère ? Peut-être bien en Mauritanie. En tt cas les paysages ne seront pas aussi spectaculaires que ceux que nous avions traversés la dernière fois. La seule chose qui me vexera durant cette première journée c’est le manque d’attention de Bahal à mon égard concernant mon état de santé qui allait en se dégradant au fil de la matinée. La distance me séparant du groupe se transforma en plusieurs centaines de mètres, puis ils disparaissaient derrière les dunes alors que j’étais à la ramasse complète. Heureusement que j’étais avec d’autres jeunes un peu plus responsables et daignant bien vouloir m’attendre car Bahal n’y voyait que du feu et ne se retournait même pas pour voir où j’en étais. Ce qui m’agace là dedans ce n’est pas tant le fait que l’on m’ait manqué d’attention à moi en particulier, chose sur laquelle je passe volontiers l’éponge, mais c’est plus l’aberration de payer qqu’un se qualifiant de « guide » et qui manque à ce point de professionnalisme. Garder un minimum de cohésion au sein d’un groupe est la base à tte excursion guidée en plein air et lorsqu’un visiteur est malade, on doit redoubler d’attention à le surveiller. Mais il s’en fout éperdument ; le moindre malaise, la moindre morsure de serpent alors qu’on a perdu de vue le visiteur peut devenir très problématique. Qqes explications sont donc nécessaires pour donner à Bahal qqes « conseils supplémentaires » sur la pratique de son métier, tt en cultivant l’aspect suggestif pour ne pas qu’il le prenne mal…

Nous nous habituons très vite à nos nouveaux noms : Dawoud (Dave), Celca (Cécile) et Mustapha (moi-même). Mais Paolo restera Paolo, ou aussi souvent l’Italiano… Midi et soir, nous donnons un coup de main à notre chamelier et notre apprenti guide pour le montage/démontage du camp et nous épluchons les légumes pour la popotte. Moi mon trip c’est d’aider Mohammed le chamelier à atteler les chameaux et aller les chercher. A la pause midi du dernier jour de marche il me laissera même aller les chercher tt seul après m’avoir montrer une fois comment leur passer la corde ds la bouche ou la narine. Sa confiance me stupéfait, il ne me suivra même pas de loin pour s’assurer que je me débrouille correctement car bien que nous les ayons entravés à notre arrivée, ils se sont vraiment bcp éloignés ce midi, au point de les perdre de vue. Ce qui me causera le plus de difficulté ce sera justement de les retrouver car, trop sûr de moi et les ayant spoté dans une direction une heure plus tôt, je ne suivrais pas leurs traces comme me l’avait dit Mohammed et partirais bille en tête avec mes cordages. Je me retrouve vite hors de portée de vue du groupe et n’aperçoit tjs pas mes chameaux… Pourtant l’horizon est infiniment plat ! Je ne comprends pas. Je les trouverais en fait à brouter tranquillement de l’herbe à chameau ds le creux d’une dépression invisible depuis notre point de pique-nique et franchement plus à l’ouest que je ne pensais. Je suivrais les traces à l’avenir pour m’éviter ce genre de détour inutile… Gd jour donc pour moi, j’aurais ramené les 3 chameaux à Mohammed sans gde difficulté, mis à part un bon 20min de tps supplémentaire que lui aurait fait sauter ! Il est fier de moi et m’appelle « chamelier » ! Si cela n’avait été à cause de ma médiocre condition physique, je l’aurais aidé davantage dans cette manœuvre. Au fil du parcours, chacun commence à prendre sa petite place au sein du groupe. Dave, personnage jovial et très sociable qui a la tchatche, s’occupe de lancer et d’alimenter pleinement de longues conversations en marchant. Il travaille à Montréal comme éducateur de jeunes de la rue en difficulté. Sa compagne Cécile est plus discrète et peut marcher sans pb durant de longs kms isolée du groupe. Elle parrait mieux apprécier la solitude et le calme qu’offre le désert et dont il est naturel de profiter durant ce genre d’excursion. Vétérinaire de formation, elle s’occupe maintenant de démarches un peut plus administratives pour favoriser les échanges entre étudiants canadiens et sénégalais. Paolo lui c’est le bon gars du groupe avec qui il est tjs possible d’échanger une vanne ou de converser sur n’importe quel sujet en anglais. Egalement de nature indépendante ds sa manière de voyager, il travaille pour son compte à créer des sites web pour différentes entreprises et reviens d’un contrat de 3 mois en Martinique. Il appréhende un peu le retour au bercail après le voyage mais il se réserve encore une bonne semaine de marche dans les Atlas au Maroc. Qd à moi, je me sens vidé de tte énergie et marche péniblement, pas à pas ds le sable, tantôt devant, tantôt à la traîne du groupe, mais à un meilleur rythme que le premier jour. Au moins je ne ralentis plus l’allure de la caravane mais je me retrouve svt à m’isoler du groupe pour marcher seul ds le désert. Ds un sens, c’est aussi pour ça que j’ai accepté l’idée de faire cette méharée imprévue : retrouver ce plaisir si particulier à marcher seul ds le désert au rythme lent de la caravane qui avance. Malheureusement, ces maux de ventre troublent un peu ce plaisir et je ne suis ni de bonne humeur, ni de mauvaise humeur… un genre d’état végétatif qui respire une étonnante neutralité ds mes relations avec mes nouveaux compagnons ; je m’en excuserais d’ailleurs. A plusieurs reprises nous nous étonnons joyeusement du manque de variété ds nos conversations. 80% de nos discussions tournent autour de la qualité de nos excréments ! « Alors, comment était la tienne ce matin ? » « Ben plutôt pâteuse, mais pas assez liquide pour que je prenne de l’immodium. Par contre, la couleur est d’un brun foncé de bon augure…  et que dit la tienne ? » « Elle dit « splotch » ! Liquide de chez liquide, encore plus que de l’eau… Couleur : brunâtre, très claire. J’y ai noyé qqes mouches au passage ! (ça c’est moi ça…) C’est surtout le ventre qui me pose pb. Et sinon, Dave ? » « Oh ben moè, Ostie qu’elle est visqueuse, plutôt verdâtre et véreuse… » Et oui, Dave s’est chopé des vers au Maroc… Nous parlons de tt ça le plus naturellement du monde ; Maître Caca est véritablement le thermomètre qui tâte le pouls de notre santé ! De mon coté je suis en chute libre pdt les 3 premiers jours et ce n’est pas le méchoui que l’on fera au soir du 2ème jr qui me redonnera de l’appétit. Nous ne le dévorons que partiellement et Bahal donnera en douce les morceaux que nous avons déjà mastiqué à un jeune garçon qui était en fait resté avec nous à servir le thé juste pour ça… Récupérer nos morceaux mal mâchés était donc prévu d’avance et nos « restes » reviennent aux villageois. Bonjour la réputation que le tourisme se fait auprès de ces gens-là… Nous serions donc une source automatique de « revenus alimentaires » pour ces qqes morceaux de viande mal consommé, gaspillés, de cette chèvre que nous leur avons acheté… Peut-être ne grattons-nous pas aussi bien nos entrecôtes qu’eux le font (encore qu’il ne reste vraiment pas gd chose…) mais de là à ce qu’il soit considéré normal qu’ils les récupèrent de nos gamelles, non je ne suis pas d’accord ! Encore un point en moins ds l’estime que je lui porte. Ce dernier s’était d’ailleurs bien gardé de nous en toucher deux mots et il parait bien gêné lorsque je le questionne à ce sujet ; sûrement que d’autres touristes lui ont fait précédemment la réflexion… Mais la faute qui lui vaudra une totale perte de confiance de notre part c’est qu’il forcera les choses en douce pour étendre notre contrat de 6 à 7 jours en rajoutant à notre insu 1 jour de marche. Ayant vu sa manière de fonctionner nous avons eu le sentiment que les charges financières étaient inégalement réparties et qu’il se mettait de notre fric plein les poches. Tenant compte également du fait de notre petite forme globale, nous avons donc décidé d’oublier ce 7ème jour que nous gardions en option et lui en avons fait part pour qu’il ajuste le programme. Il nous est tt simplement inconcevable de donner 1 cts de plus à ce gros bonhomme mais de son coté il va tenter de mettre en place une stratégie pour obtenir ses sous coûte que coûte, sans nous le dire expressément. Je pense même que cela doit être calculé d’avance pour tous les visiteurs qui ne choisissent une prestation que de 6 jrs. Le pb est que ces étapes sont mal réparties dans les 4 jrs de trek, respectivement 18, 18, 12 et 30kms, d’après ses propos, et ça il le sait très bien. Force est de constater qu’il augmente ses chances à ce que les touristes décident d’eux-mêmes de couper la dernière étape en deux face au découragement et prendre ainsi une journée supplémentaire, ce qu’il doit faire naturellement pour une prestation de 7 jrs. Voyant que nous sommes réticents à vouloir prendre ce 7ème jour, il profite de notre état de fatigue en fin du 3ème jour pour remplacer un bivouac par une nuitée en auberge à sa charge, non prévu au programme mais sous prétexte qu’il se « souci d’abord de l’état de ses clients ». Nous pensons d’un commun accord que c’est surtout pour lui que cette étape est bénéfique car il souffre de douleurs dorsales depuis le 1er jour et sollicite Dave chaque soir pour qu’il lui fasse des massages. Il faut dire qu’il n’a vraiment pas l’allure d’un guide, surtt pour encadrer des excursions à pied… L’objectif de cette initiative, autre que de « nous faire plaisir », est clairement de regagner notre confiance en nous amadouant et de raccourcir au maximum l’avant dernière étape pour que la distance du 4ème jour nous démoralise. Mais malgré la conversation que nous avons avec lui au soir pour clarifier notre volonté à effectuer l’étape des 30kms d’une seule traite le lendemain, à notre gde surprise il voudra faire s’arrêter la caravane à qqes 10kms de Ouadane. Nous pensions que les choses étaient très claires entre nous. Il veut décidément que l’on claque notre bourse et cherche par tous les moyens à nous faire prendre ce 7ème jour, car avec un jour de paye supplémentaire il s’y serait très bien retrouvé financièrement. Cette fois s’en est trop, il nous prend vraiment pour des cons. Je suis à deux doigts de péter une coche et lui explique une dernière fois calmement que nous voulons atteindre Ouadane ce soir même, comme convenu ds le contrat. Il sait que nous avons compris sont petit jeux et feint de n’y voir que du feu : « Pas de pb ! Mais c’est vous qui êtes malade, moi je peux continuer comme ça jusqu’au soleil couchant… » me dit-il haletant et du haut de son méhari, car le rythme très rapide qu’il a lui-même donné à l’aube de ce 4ème jour l’a complètement claqué ! Nous terminons donc cette étape bien crevé mais satisfaits de ne pas nous être laissé faire ; lui termine sa journée vexé et le dos cassé en deux… En établissant le camp ce soir-là, ns avons le droit à notre 1er beau coucher de soleil ds le désert, une belle récompense pour calmer nos nerfs de ce sale coups. Au matin, Bahal se fait piquer à l’épaule par un scorpion, l’occasion pour moi de sortir ma petite pharmacie qui ne sert que très rarement et lui applique une compresse anesthésiante. Cette dernière servira d’ailleurs plus à soigner les autres que moi pdt ce voyage…  je touche du bois ! Lui ne prend jamais de trousse de premiers secours alors que c’est lui qui devrait en être équipé le premier. Nous regagnons Atar en pick-up, un peu blasés par la tournure qu’ont pris les choses, mais contents qd même de notre séjour. Etalé royalement sur des matelas à l’arrière du véhicule, le cheich au vent, je bulle à regarder s’éloigner le désert. Tjs propre à lui-même, Bahal enfoncera encore le clou ds cette brèche qui se creuse entre nous. Il nous demandera de partager les frais de l’auberge pour cette initiative qu’il a prise et il nous emmènera manger chez la famille de son oncle pour un maigre repas qui nous paraîtra interminable, surtt pour Cécile qui se verra tartinée de hainé par les femmes des mains aux pieds. Dave sera naturellement sollicité pour offrir un cadeau à la famille en signe de remerciement, une situation bien embarrassante que Bahal, étalé sur le sol et ronflant comme un gorille, aurait dû nous éviter. C’est donc avec soulagement que nous le quittons le lendemain matin après avoir finalement trouvé un transport à tarif abordable pour Nouakchott via son intermédiaire. 14000 ougui-ougui pour nous 4 + vélo et bagages, sur lesquels il a dû se prélever une petite part personnelle… Enfoiré de Bahal ! Il nous aura plumer jusqu’au bout… Le voyage pour quitter Atar est plus confortable que lorsque nous y sommes arrivés, mais pas plus sécuritaire. Nous embarquons ds une sorte de carlingue pourrie dont seul le moteur apparemment marche encore… Freins, boîtier de vitesse, amortisseurs, compteur kmétrique, phares et clignotants, tout est HS ds ce tas de ferraille. Même le chauffeur et naz ! Un hurluberlu qui ne sait absolument pas garder une ligne droite sur la route et qui nous causera de belles frayeurs à s’endormir au volant. « Dis donc Bob, faudrait peut-être regarder la route qd même ! » « Pas de pb, pas de pb. Je suis juste un peu fatigué… » Pas de pb, pas de pb… ce sont nos vies qui sont entre ses mains inertes ! Et fatigué ou pas, tu conduis comme une quiche. « Passe-moi donc le volant Bob ! » Après un 1er calage, le bolide redémarre en le poussant et j’effectuerais les qqes 180kms nous séparant de la capitale. Sans freins et sans direction, je sais que je suis loin d’avoir le contrôle de cet amas de ressorts, mais au moins j’ai tous mes sens en alerte et je garde mon cap, ce qui rassure mes compagnons de fortune. Mais il y a encore pire que ce cercueil ambulant qui roule sur les routes Mauritaniennes. Ces derniers ont décidément le don de redonner une 3ème vie à des véhicules déjà complètement foutus. Ce sont des fantômes d’automobiles qui hantent ces routes et dont il faut se méfier de la conduite… Le chauffeur nous dépose à proximité de notre lieu d’hébergement ds Nouakchott même pour lui avoir permis de roupiller pdt une bonne partie du trajet ; sans ce service, cela aurait risqué de nous revenir plus cher à lui demander de faire le taxi en ville… La situation nous est maintenant favorable et nous en profitons ! Nous sommes de tte évidence bien content d’être arrivé sain et sauf et cette halte sera pour nous l’occasion de nous reposer avant de reprendre chacun la route de notre coté et de tourner la page après cette petite aventure vécue en commun. Les souvenirs resteront bons de ce séjour passé ensemble malgré les petits ennuis de santé de chacun et le fameux guide Bahal qui hantera nos nuit pendant un petit moment. Ce qui nous restera le plus mémorable ce seront cette nuit chaotique passée ds le train minéralier, cette jonction pour Atar ds le taxi-brousse surbondé, ces 4 jrs de marche ds le désert et le contact de cette rencontre fortuite qui est bien passée entre nous.

De Dakhla a Nouadhibou

Je quitte donc Lâayoune dans l’après midi après avoir effectué un gros ravitaillement mais la route qui bifurque plein Ouest me vaut une avancée pénible avec un fort vent latéral qui m’envoie des gifles de sable. La route est bordée par une armée de dunes qui ne demandent qu’à traverser. C’est avec soulagement que je rejoins El Marsa, le port industriel de Lâayoune, pour remettre le cap au SSO. Malheureusement la mer est loin et la côte à retrouvé son cachet sableux. Qd viens l’heure de se trouver un point de bivouac, le vent souffle très fort et je ne trouve aucune habitation derrière laquelle me protéger dans ce désert infini. A 17h je décide de m’écarter de la route pour piquer la tente derrière un réservoir d’eau en béton construit pour un campement de bergers non loin de là. Mais l’obstacle est trop petit et ne m’abrite en rien contre un vent qui tournoi dans la dépression et ensable l’intérieur de ma tente. Têtu et fatigué, je m’y installe malgré tout et attache les cordes à qqes parpaings pour qu’elle résiste aux assauts du vent. Mon point de bivouac est très mal choisit, j’aurais du poursuivre ma route bien que fatigué de pédaler et sans savoir combien de kms il m’aurait fallu parcourir avant d’atteindre un site plus adapté. Mais des fois on s’obstine et on se résigne à simplement apprendre de ses conneries plutôt que de se bouger le cul… Cela me vaudra un régime cacahuètes / biscuits / madeleines pour le repas du soir, faute de pouvoir sortir le réchaud avec tout ce sable qui vole. Je protège mes affaires et me baraque comme  je peux pour m’extraire à ce foutu vent du Nord qui est mon ami en journée mais devient mon ennemi le soir… Rester sur ma faim pdt ce voyage m’est insupportable ; je veux bien en chier à vélo durant la journée, je peux encaisser les vents de face, les bivouacs inconfortables et braver les assauts du soleil en suant tel un mulet, mais manquer de bouffe (surtout) le soir : non ! C’est le seul luxe dont je refuse de m’abstenir. Mais là, le vent à raison de moi et je suis contraint d’aller me coucher sans gd chose de bien consistant dans le ventre. Je rêverais de bouffe toute la nuit…

25/02 – Une nouvelle journée de vélo sans voir la mer m’attend. Soleil et paysages désolément plats constituent mon quotidien, mais je ferais de belles rencontres, notamment ces agents de Maroc Télécom qui me convieront à leur table le midi pour partager thé et tajine alors que je m’arrêtais pour leur demander un peu d’eau. Il y aura aussi ces gendarmes qui m’inviteront après le contrôle habituel à partager le tajine du chef à la cervelle de vache ! Ce contact ouvert avec la gendarmerie royale me plait particulièrement et je parviens à prendre une photo du poste à la sauvette (normalement interdit… !). Je profite du tps de préparation du tajine pour remplaçant un rayon ayant cédé. Décidemment Simba, t’es pas en train de me péter une durite, j’espère ? Alors que nous nous partageons le tajine et qu’ils se relayent entre contrôles et dégustation, tout d’un coup on entend « le chef arrive ! ». Branle-bas de combat ! Il faut virer le tajine en vitesse et nettoyer expressément les miettes de pain sur le bureau, tous trois s’affairent avec grande énergie me priant de me retirer du poste et faire semblant d’être contrôlé. Cette petite panique me fait sourire intérieurement ; visiblement se mettre un tajine sous la dent en plein service ne doit pas être autorisé par le big boss ! Après l’effervescence, c’est le garde-à-vous et on sort même le calibre 12 pour faire sérieux… Finalement il n’y aura pas de chef mais juste un pauvre petit taxi ressemblant à la caisse du chef ! Ces occasions culinaires auront remplacées ce dîner que je n’ai pas eu hier soir… Mais résolu à ne pas remettre l’expérience, je m’arrête cette fois-ci pour demander l’abri à l’intérieur de remparts d’une station Maroc Télécom. Après qqes hésitations, le gardien Mohammed consent à me faire entrer. Je scrute le terrain à la recherche d’un bon emplacement pour piquer la tente mais en vain, il n’y a que des gravats de parpaings et des barres métalliques qui jonchent le sol… il va y avoir du ménage à faire ! Lui expliquant la nuit que je viens de me taper, il m’ouvre un petit local qu’il désensable et y dispose un grand tapis pour que je m’y installe. C’est égoïste à dire mais dans le fond c’est ce que j’attendais de sa part car il y a encore bcp de vent ce soir et, bien que l’on soit protégé par les remparts de béton, le sable vole et s’infiltre de partout. Ici au moins je serais tranquille et je pourrais cuisiner en paix. Avant de manger, Mohammed me propose de boire le thé ds une autre pièce. Il est Sahraoui (et fier de l’être) et revendique l’indépendance de son pays en me montrant sur la carte Michelin qu’il est bien écrit « Sahara Occidental » et non Sahara Marocain, comme l’appelle ces derniers. C’est d’ailleurs uniquement les marocains qui le nomment ainsi ; partout ailleurs dans le monde c’est le Western Sahara… Il me montre le rituel de la préparation du thé sahraoui, comparable à celui mauritanien. A défaut d’être servi indéfiniment comme le thé marocain, ce thé n’est servit qu’à 3 reprises dans des petits verres. Le goût sucré diffère selon que l’on en soit au 1er, au 2ème ou au 3ème et une plus grande importance est accordée à ce qu’il y ait de la mousse. Cette dernière est faite en reversant à mainte reprise une portion de thé de verre en verre. Cela dure lgtps, très lgtps, et ce n’est qu’une fois qu’on juge qu’il y a assez de mousse que l’on va procéder au service. En attendant, cela donne le tps de discuter. Nous communiquons en espagnol ; avec l’ancienne colonisation des Espagnols, nombreux sont les Sahraouis ayant appris la langue. Je lui montre l’album photo et il me parle avec amertume des discriminations que subit son peuple face aux marocains, que ce soit dans les conditions de travail que dans la vie de tous les jours. Il me souligne la difficulté à se trouver un emploi. En tant que gardien d’antenne, il ne gagne que 20 Dhs par jour, soit l’équivalent de 2 euros /jr, et doit en plus payer sa propre bouffe qu’un ami lui livre chaque semaine. Il est vrai que ce travail est sous-payé et que le contrat de Maroc Télécom est scandaleux. Ils devraient leur payer et leur livrer la bouffe, ce serait la moindre des choses. Mais pour avoir rencontré d’autres gardiens d’antenne, je confirme que ces conditions ne sont pas appliquées strictement qu’aux Sahraouis mais bien aussi aux Marocains. Il voudrait lui aussi entrer clandestinement en Espagne mais je ne perçoit pas plus de motivation que ça dans ses paroles… surtout du dépit.

26/02 – Au départ le matin il me demande un cadeau… Un peu embêté, je réfléchis puis lui donne une photo de moi… Ce n’est pas le meilleur cadeau que j’aurais pu lui faire mais je renonce à l’argent et désire garder les autres photos pour le voyage. Après qqes kms parcourus je retrouve enfin l’océan et la côte à falaise. La présence de la mer me rassure et qd mon regard se pose sur cette étendue infiniment bleue, le visage et les cheveux au vent, mon esprit s’apaise. Je ne crois pas que j’aurais pu faire cette traversée désertique s’il n’y avait pas eu la mer à portée de regard. Je m’y suis préparé psychologiquement et sa présence est capitale au maintiens de mon moral, d’ailleurs j’ai bien senti une baisse de motivation durant ces deux derniers jours, c’est bien parce qu’il n’y avait pas la mer… Mais là, revoir le Grand Bleu et sentir l’air marin caresser mon visage me redonne la pêche. La côte est tjs aussi magnifique avec cette ligne à angle droit qui s’étale à l’infini vers le sud et se perd dans les brumes de l’horizon lointain. La falaise s’écrase en cataractes de blocs de grès. Le contact entre terre et océan et net et brutal avec le ressac qui s’abat inexorablement sur les roches effondrées, érodant la côte petit à petit. Ce doux bruit destructeur est une véritable berceuse que j’absorbe avec volupté. Après l’avoir retrouvée, je ne veux plus la quitter cette côte… je veux absolument dormir dans les parages en bordure de falaise, mais il n’est que 14h. J’avance donc encore un peu en guettant avec anxiété un éventuel écart de la route vers l’intérieur des terres ou une dépression signalant le retour du sable. Dans ce cas, je stop nette ma course pour planter le bivouac, kit à ne pas atteindre la barre des 100 kms *journaliers que je me suis fixé. Mais pour l’instant la route longe la côte fidèlement à qqes 50m et cela me conviens pour poursuivre ma lancée. Chemin faisant, une bande de jeunes marocains m’interpelle de loin et me fait signe de les rejoindre. J’arrête ma course dans le vent et accepte de me joindre à eux. Nous passons rapidement sous la grande tente en cette heure chaude et je laisse Simba tt seul en pleine fournaise. A l’intérieur, pdt qu’Ali prépare le thé, les autres se mettent à confectionner des filets en tressant des mailles synthétiques pour récolter des algues. Ils vendent ensuite celles-ci à Boujdour, petite ville saharienne plus au nord, pour 10 Dhs le kg ; elles serviront par la suite à fabriquer les bandes sonores de K7 ainsi que dans l’industrie des produits cosmétiques ou encore pharmaceutiques. Ils sont une dizaine à descendre de Casa pour prendre l’air marin et gagner qqes sous en exploitant les richesses naturelles de la côte saharienne. Tant que cela reste à cette échelle de petites récoltes à la main, je ne pense pas que cela porte atteinte à l’environnement mais une plus grande exploitation des produits de la mer avec des moyens technologiques plus engagés et une plus grande main d’œuvre pourrait s’avérer nuisible à l’équilibre de cet écosystème sûrement fragile. Le tps de chausser palmes et masques pour qqes photos et je pense repartir qd, surprise !, on m’avertit qu’il y a un tajine qui mijote et qui ne demande qu’à être apprécié par davantage de bouches. Mon maigre pique-nique de ce midi n’a pas calmé l’appétit féroce qui tiraille constamment mon estomac : j’accepte une fois de plus cette invitation fortuite. L’action de partager un repas n’a jamais eu autant de sens pour moi qu’en Afrique lors de ttes ces innombrables invitations pour la simple raison que l’on mange tous dans un même plat, chose qui n’est pas coutume par chez nous. J’aime l’effervescence de ttes ces petites mains qui s’activent autour du plat, rompant les galettes de pain et se faisant passer les tranches pour ensuite les rompre en petits morceaux, les tremper avec dextérité dans le jus et y fourrer un bout de patate, de carotte ou bien de viande avec un habile doigté. Leur danse est un éternel va-et-vient, répétant le même parcours entre le plat et la bouche et se répartissant à parts égales le contenu. Puis lorsqu’on arrive à satiété on dit le traditionnel « hamdoulilah » et on rote pour signifier que l’on a bien mangé. Mais craignant de roter trop fort, je m’abstiens à chaque fois… Je prends leurs coordonnées internet pour leur envoyer les photos ; c’est un moment pour moi de remercier tous ces gens pour leur formidable accueil et qd ils n’ont pas d’email, ce qui est fréquent en milieu rural, montagnard ou désertique, je promets de les leur envoyer par voie postale. Cela me coûtera tps et argent une fois revenu en France mais c’est la moindre des choses que je puisse faire pour eux. A peine 10 kms plus loin, je reçois une autre invitation de pêcheur pour boire le kawa cette fois-ci. Mouhssen (prononcez Mouassine) et Omar me reçoivent chaleureusement sous leur tente. Je ne me doute pas à ce moment précis que je ne repartirais que 3 jrs plus tard… Ils m’expliquent qu’ils sont plutôt axés sur la pêche au calmar mais qu’en ce moment les conditions sont tellement mauvaises qu’ils se rabattent eux aussi sur la récolte d’algues, lorsque les vagues le permettent. Bien que je n’aime pas le café d’habitude, celui de Mouhssen est très bon. Il y met bcp de lait en poudre et l’aromatise avec qqes épices ressemblant un peu au cumin. Ensuite Mouhssen m’emmène visiter la portion de côte qu’ils occupent et depuis laquelle ils partent pêcher le calmar en apnée avec une grosse chambre à air de camion faisant office de bouée et de panier pour y mettre leurs prises. La portion de côte sur laquelle ils se sont installés est superbe, surplombant la mer par qqes 30-40m de haut, et je suis heureux qu’ils m’aient proposés de passer la nuit avec eux. C’est la seule journée où je n’atteindrais pas les 100 kms quotidiens… bah ! Au diable la règle pour une fois, je ne peux pas manquer cette occasion de rester une nuit avec eux, et puis j’en ai fais 95… alors merde ! Un petit sentier raide descend le long de la falaise et alterne entre roche et sable. Le disque solaire entame sa lente descente vers l’horizon ; les rayons embrasent la falaise blanche qui se met à rougeoyer, le paysage est superbe. Mouhssen me montre les cachettes rocheuses où se trouvent leurs « chambres à air » et nous apprécions le ressac des vagues qui s’écrasent en grandes gerbes sur les rochers. Et nous parlons, nous parlons bcp. Mouhssen a une bonne maîtrise du français, du moins assez bonne pour me faire comprendre ses « théories existentialistes » et son raisonnement sur La Vie. « Il faut connaître le secret de la vie ! » me dit-il avec simplicité et il m’expose avec tout autant de ferveur l’importance de déceler ce qui est essentiel à l’existence. Oui, Mouhssen est une graine de philosophe… Il vit à Casa et travail ds le domaine de la pêche. De tps à autres il vient s’installer sous sa tente noire durant plusieurs mois sur la côte saharienne pour pêcher le calmar et vendre ses prises sur Boujdour. Lorsque la pêche est productive il gagne plus qu’à Casa, mais cela fait près d’un mois que le gros tps s’est levé et qu’il n’a rien capturé. Patiemment, philosophiquement, il attend l’accalmie prometteuse… Mais il commence à se lasser et j’ai l’impression que mon passage apporte un peu de nouveauté dans les journées monotones et répétitives de ces pêcheurs. Le calme et la patience d’Omar et Mouhssen m’impressionnent, ils sont imperturbables ds leur attente et passent leurs journées à faire la sieste, préparer les repas, réparer les filets déchirés, regarder la mer et boire le thé ou le café. Lorsque le travail manque, il faut tuer le tps comme on peut… C’est au bout de 30 jours d’attente que Mouhssen commence à se demander s’il ne va pas rentrer sur Casa ; il est tps qu’il se pose la question car ce n’est pas la bonne saison. Les meilleurs mois sont de septembre à décembre pour le calme et la limpidité de l’eau. « L’argent, ce n’est rien. Je n’en ai pas bcp mais je voyage bcp. Je voyage dans ma t^te, et j’y rencontre les hommes du monde et leurs cultures… bien que je n’ai jamais quitté le Maroc. » Ses paroles sont prenantes et j’ai plaisir à l’écouter calmement autour d’une théière qui chante. Il continue : « Dans mon cœur, j’ai un autre cœur, grand et vaste comme l’océan… je connais le secret de la vie. » Ses mots me bercent, c’est beau de voir qqu’un qui voit la vie de cet angle, en toute simplicité. J’ai l’impression qu’il est bien dans sa tête. Mais svt, il revient à la dure réalité des choses et me parle de vouloir prendre lui aussi le « petit bateau » pour l’Europe ; un de ses amis y gagne mieux sa vie et le pousse à venir le rejoindre en Espagne… Au final, tt gravite autour de l’argent, le nerf de la guerre. Que l’on ait ou non une belle vision de la vie, … c’est un sujet qui devient inévitable, incontournable ds le langage humain. Pourtant cette ouverture d’esprit dont il fait preuve se retrouve vite limitée lorsqu’il aborde la religion. Mouhssen est à fond dans l’Islam, comme de nombreux autres marocains croisés sur ma route, peut-être trop dans le sens où il n’applique aucun regard critique sur le coran. L’Islam est pour lui LA religion par excellence, celle à laquelle chaque homme devrait se plier car c’est LA dernière religion, LA seule vraie qui soit et qui sera. Il est tout spécialement fermé aux croyances animistes et n’accepte pas le « blasphème » de croire en plusieurs Dieu. Je lui fait part de mon point de vue sur les religions en lui expliquant la définition du mot « tolérance » et l’importance de respecter les croyances des autres hommes, quelle qu’elles soient. Cette conversation est intéressante mais dure à accepter. Ce que je trouve absurde et ridicule c’est qu’il croit dure comme fer à certains histoires bibliques telles que la création de la Terre en 7 jours, la montée des eaux qui noya la surface terrestre et l’arche de Noé qui y échappa, l’existence d’Adam et Eve comme les premiers humains… je lui conte alors la problématique de l’œuf et la poule mais il n’y comprend rien du tout, j’abandonne. C’est pourtant simple mais il rejette fermement la théorie de l’évolution et n’accepte pas les discours scientifiques. Je suis persuadé que l’Islam soit une religion qui élève l’être humain ds la sphère spirituelle et le fait avancer positivement ds sa vie, lorsqu’il reste en dehors de l’extrémisme. Mais même sans entrer dans l’extrémisme, j’ai des fois l’impression que l’Islam prend des allures un peu sectaires car elle n’aiguise pas l’esprit critique de ses croyants et n’a pas l’air de remettre ses propos en question. Question d’éducation ou de religion ? Sûrement un peu des deux car l’Islam joue un rôle prépondérant dans l’éducation des jeunes musulmans. A l’école de Taliouine, Mustapha y faisait tout son enseignement sous la sainte tutelle d’Allah… Je pense que cela devient problématique lorsque l’on en arrive au point de croire aveuglément en certains faits et attitudes dictés par une religion. Nous discutons de tout ça très calmement et le plus simplement du monde. J’aurais l’occasion de vivre un autre échange avec Mouhssen, plus épicé cette fois-ci car le sujet me tient autrement plus à cœur : le respect de l’environnement. Le milieu naturel dans lequel les pêcheurs se sont installés est absolument superbe et pourtant ces derniers vivent dans une véritable poubelle en y jetant n’importe quoi. Sacs plastics déchirés, boîtes de conserves rouillées, bidons d’huile usagés, piles en voie de décomposition métallique avancée, pneus, morceaux de tissu et autres textiles… d’innombrables déchets plus ou moins toxiques jonchent le sol autour de leurs tentes de nomade. La situation est vraiment problématique dans tt le Maroc en général, il y a une absence totale de conscientisation des populations face à la nature et je réalise combien nos sociétés occidentales sont avancées ds ces réflexions. Et pourtant, ce somme nous qui polluons à une échelle autrement plus grande, minimisée par les filtres, traitements et amendes mais maximisée par le taux bcp plus important d’industrialisation et de mécanisation. Pour ce qui est des pollutions visuelles, nous avons dvp le luxe de pouvoir les dissimuler par les poubelles et le recyclage, ce qui n’est pas le cas en Afrique mais cela ne les dérange visiblement pas. Mouhssen s’en fiche éperdument et ne comprend pas mon acharnement à tant vouloir lui faire comprendre qu’il est important de ne pas jeter les déchets en pleine nature. Je lui propose des alternatives en triant ce qui est destructible par le feu et ce qui ne l’est pas, ce qui est biodégradable (pas gd chose à part les matières organiques) et ce qui doit être ramené par petites quantités successives à la ville (piles et batteries de voitures par exemple). Le recyclage et la réutilisation des matériaux ne sont pas habituels ici, malgré qu’ils me montrent comment récupérer de vieux plombs usagés pour les refondre au réchaud en de nouveaux plombs d’1 kg pour leur plongées en apnée… une manipulation hyper nocive à l’air libre autant pour eux que pour l’environnement à cause des gaz dangereux qui s’en échappent. Je bouillonne en moi à leur expliquer tout ça mais je sais que la transition est bien trop brutale pour qu’ils puissent en prendre ne serait-ce qu’un brin de conscience. Mouhssen prend ça pour une blague mais lorsqu’il me tend la main en rigolant à moitié pour qu’on tourne la page, je la lui refuse. Il comprend alors que la cause est réellement sérieuse pour moi et je sens en lui un certain malaise. Mais à coté de ça, Mouhssen et Omar se montrent incroyablement humains envers les autres, sans parler de l’accueil dont ils me font cadeau. Un vagabond que j’avais dépassé 2 jours plus tôt sur la route passe au campement pour quémander un peu d’eau et de pain. Il ne se doute pas qu’il en repartira repu, lavé, shampouiné, avec des vivres, et de nouveaux habits. C’est incroyable d’avoir vu comment ils se sont occupés de ce pauvre inconnu tout morveux sorti de nulle part et allant nulle part. Simplet d’esprit, ce dernier marche depuis Agadir en direction de Dakhla (soit une distance de près de 1000 kms) mais il n’a aucun contact sur place, ne connaît pas la ville et n’est pas sûr d’y trouver du travail… c’est une idée fixe qu’il a dans la tête et il refuse tt type de transport. Mouhssen et Omar arrêterons tt de même un camionneur après 1h30 d’attente pour l’embarquer vers Dakhla, tout bien sapé. J’ai rencontré des bons Samaritains sur ma route, ce n’est poas une parabole ! Je n’ai que rarement assisté à pareille scène, car combien auraient chassé cet intrus ou lui aurait juste donner à boire ? J’aurais probablement été d’entre eux… Mouhssen a le don dans le sang. Il est tellement généreux qu’il nourrit également un chien et un chat avec sa propre bouffe. A plusieurs reprises il réserve une partie du contenu de nos repas pour la donner au chien, ce qui ne me plait pas du tout car pour moi, de la si bonne bouffe aussi bien cuisinée n’est pas réservée aux clebs. Après nous avoir épié pdt tt le repas à l’entrée de la tente et nous avoir supplié du regard pour obtenir sa portion, je le regarde déglutir avec rage le contenu de la gamelle et cela me dégoûte. Il n’apprécie même pas les talents de cuistot de Mouhssen et j’ai la nette certitude de me faire voler une deuxième service qui aurait peut-être mis un bémol à ma faim éternelle. Mouhssen est ravi de le voir manger ainsi, je ne dis rien car ce n’est pas ma bouffe… D’ailleurs il m’est difficile de partager le peu que j’ai, non pas que je ne veuille pas, au contraire je suis tt le tps en train de proposer un oignon ou des cacahuètes, une boîte de concentré de tomate, de la confiture, du riz… rien à faire, ils n’acceptent rien, ou si peu de ma part. Cette situation devient très gênante pour moi car je ne veux pas avoir l’impression de profiter de leur accueil plus que chaleureux. Même si je sais que leur invitation est des plus sincères et qu’ils sont heureux de m’offrir ce qu’ils ont, moi aussi j’ai mon éducation qui me culpabilise à voler le pain de la bouche lorsque je constate que les personnes n’ont que peu de moyens ; mais ça, ils n’en tiennent pas compte évidemment. C’est à moi de m’adapter. En plus des animaux à nourrir (le chat débarque à des heures pas possibles dans la nuit pour nous miauler son pain et ses sardines… une nuit je le lancerais violemment dehors par la peau du cou pour avoir fait tomber un requin du seau et avoir attaqué à le manger à proximité de moi, ce qui est très désagréable !) cette situation me pousse donc le matin du 4ème jour à remonter en selle et continuer ma route vers Dakhla. Après 3 jours de cette rencontre très spéciale dans ce voyage, 3 jours à observer le tps qui passe, paisiblement en bord de mer, perché sur ma falaise, et à admirer les superbes couchés et levés d’Eole alliant d’un grand bond la terre à l’océan, c’est non sans émotion que je quitte Mouhssen, maintenant esseulé sur sa côte rocheuse. Omar a migré plus loin où les algues sont plus abondantes et où il gagnera peut-être un peu plus d’argent pour faire vivre sa famille à Boujdour. J’ai passé plus de tps avec Mouhssen car je dormais sous sa tente et partageais ses repas, mais j’ai aussi bcp apprécié la personnalité d’Omar, ce gd bonhomme en djellabah blanche, aussi attentif que généreux, laissant apparaître une belle dentition sous sa grande barbe de Ben Laden… Parlant moins bien le français que Mouhssen, il m’apparaissait plus calme et j’étais touché par son extrême gentillesse. Les matins, je me levais tôt et allais prendre le petit dèj avec lui dans sa petite tente pdt que Mouhssen dormait encore. Il préparait alors le thé sucré, le délicieux eskif et sortait pain et vache qui rit ; moi j’apportais miel et confiture qu’il prenait soin de n’utiliser qu’au minimum, juste un peu pour me faire plaisir. Le 3ème jour, Bugrein le marayeur égoïste débarque en fin d’après midi avec un jeune chevreau trouvé sur la route. C’est la grande attraction et nous nous pressons tous autour de lui pour tenter de faire boire un peu de lait en poudre à la petite bête. Azzedine est plus une grande gueule qui parle sans arrêt, tjs hyper jovial et d’une culture générale impressionnante, parlant très bien français et connaissant de nombreuses expressions. Il a déjà exercé plusieurs fonctions en Europe, notamment en France et en Norvège… Il m’épate. Avec ttes les connaissances et les expériences qu’il possède, je me demande ce qu’il fait à vivre des produits de sa pêche sur la côte saharienne. Il pourrait très bien se trouver un job mieux rémunéré. « Nous sommes orientés par défaut » me dit-il. Je ne suis pas d’accord. Chacun est un minimum maître de son orientation, sauf peut-être dans le cas des personnes n’ayant vraiment aucun moyen. Tout se joue avec de la motivation et de la détermination, même au Maroc, … du moins c’est comme ça que je veux voir les choses ; c’est trop facile de tjs s’en remettre à Inch Allah… Au moment de partir Mouhssen veut absolument me rendre le pendentif fossile que je lui ai offert. Le con, il casse vraiment la barraque à ne rien accepter de ma part… je refuse de le reprendre. Toute la matinée, ce dernier geste qu’il a eut me prend la tête, ça casse tout. Ca fait bizarre de reprendre le vélo mais plaisir de retrouver ce mouvement si familier. Très vite, la route s’éloigne de la côte pour s’enfoncer dans de gds espaces désertiques et monotones. Je rejoinds avec chance la falaise océanique le tps du repas de midi puis file à nouveau vers l’intérieur des terres et fait un détour au niveau de l’oued Lakrâa, ce qui me vaut un bon vent latéral négatif qui m’épuise en fin de journée. Le vent… encore et tjs ce même vent du Nord infatigable qui haie ma tente. Mais une fois de plus il n’y a rien pour m’en abriter et je suis contraint de demander à nouveau à un agent de Maroc Télécom si je peux m’installer à l’abri des remparts. Il m’invite à venir préparer mon repas à l’intérieur de sa case. Finalement, nous nous partageons un succulent riz au lait et qqes madeleines.

03/03 – Au matin le gardien m’apporte une moitié de galette, ce que j’apprécie avec la grosse journée de vélo qui s’annonce et mes vivres qui s’amenuisent. Mon objectif est d’atteindre Dakhla, 145 kms plus loin. Un poste de police se trouve à l’entrée de la péninsule puis s’ensuit une traversée en cul-de-sac de 40 kms pour atteindre la ville portuaire. Les premiers 10 kms de ce bras de terre sont particulièrement éprouvants lorsqu’il faut traverser un long oued qui me parait interminable avec ce fort vent latéral négatif en NE. Dans une grande baie, des dizaines de kite-surf de ttes les couleurs animent un paysage stérile et désertique seulement balafré du long cordon de bitume et d’une antenne de télécommunication. Puis c’est à nouveau avec un bon vent dans le dos que j’atteins Dakhla. Un 2nd barrage de police laisse place à une asphalte parfaite, sans aucune aspérité ni aucun gravillon qui ne dépasse, lisse et noire comme une belle nappe de pétrole sur du sable… le rêve pour tout cycliste ! On entend juste le chant des roues avec ce vent en poupe. Une fois les gdes portes de la ville franchies, il m’est facile de trouver rapidement un petit hôtel à tarif abordable et proche d’un cyber. Il est tps que je me pose un coup et surtout que je me décrasse après ces 15 jours de désert, de sable et de sueur sans eau qui n’ait été réservé à me laver (sauf un shampoing que me fit Mouhssen)… S’ensuivent 2 jours de repos durant lesquels je m’occuperais à écrire, écouter de la musique, sauter ds un cyber à la connexion capricieuse et par-dessus tout : profiter des petites gargotes pour bien manger à pas cher dans le centre ville. Besah le matin, harira le soir, kebab à la viande de chameaux le midi, jus de banane et d’orange qui s’enchaînent en journée, et surtout, crêpes au miel le matin… mes haltes en ville sont surtout pour moi l’occasion de me faire plaisir sur le plan culinaire. Histoire de diversifier un peu les traditionnels repas pâtes - riz - couscous - sandwich au thon et vache qui rie, ça c’est important ! La ville se prépare à de gdes festivités à l’occasion de la naissance d’une petite princesse Lalla pour le Maroc. Le roi Mohammed VI doit passer ds qqes jours, et faut que tt brille…

06/03 – Je tombe sur le mauvais jour pour partir car il y a bcp de vent ce matin malgrél’heure matinale. A 7h la petite gargote ds laquelle je prends mes deux bols de besahs quotidiens et mes crêpes au miel n’est tjs pas ouverte… Rien à faire, je veux mes crêpes au miel avant de partir ! J’attendrais l’ouverture de 8h… Les 30 premiers kms à remonter la route péninsulaire face au vent sont vraiment pénibles et je cède à la tentation de demander à monter ds un camion militaire jusqu’à la jonction. Finalement je ne suis pas déçu qu’ils m’en aient refusé l’accès car je commence sûrement trop à m’habituer à avoir ce vent de cul. Il faut pourtant bien accepter la réalité du vélo, on ne peut pas tjs avoir le vent de poupe… C’est tt de même le soulagement lorsque j’atteins le poste de police qui marque la bifurcation vers le sud et donc une vitesse accrue. Le bourdonnement du vent de face raisonne encore dans mes tympans… Le pic-nic se fait face à la baie intérieur de la péninsule, la vue est magnifique. L’arrivée du gd oued au loin laisse place à un superbe dégradé de couleurs ds les eaux peu profondes. Les hauts fonds sableux laissent deviner par endroit des eaux verdâtres, translucides, alors que + loin les eaux redeviennent bleu émeraude, le tout ds un paysage minéral de sable et de roches, un décors bien inhospitalier si l’on n’y est pas préparé. Tout le monde m’a prévenu de bien organiser ma traversée jusqu’à Nouadhibou car il n’y aurait aucun point de ravitaillement à partir d’El Arghoub. C’est donc là-bas que j’effectue mon dernier plein en eau, 12 L qui me suffiront amplement pour les 3 jours de route jusqu’à la frontière (j’en compte un supplémentaire de secours). Coté bouffe, j’ai la dose : 1kg de riz, 1kg de pâtes vermicelles, 1kg de couscous, 6 cans de thon à la tomate, 24 pièces de vache qui rie, 4 concombres, 5 orange, 1kg de gufio, 1kg de cérélac, 1kg de lait en poudre, 1kg de semoule d’orge, 1kg de sucre, 8 pains + des biscuits… de quoi tenir des semaines entières ! Mon chargement n’a jamais été aussi lourd et je pense approcher de près les 60 kg. Heureusement qu’il y a le vent pour alimenter ma lancée, que le terrain est plat et le revêtement de bonne qualité. C’est un vrai plaisir de pédaler dans ces conditions, même si une fois de plus la mer est loin et le paysage monotone. Au km 302 de Nouadhibou après une station essence le village communale d’Imlili je bifurque à l’ouest sur une piste d’1,5 km pour rejoindre le village de pêcheur de Tichka, situé en hauteur en bord de mer. La piste passe à proximité d’une antenne Maroc Télécom, prendre direction des gros bâtiments de béton. Présence de la marine royale, de la police + de pêcheurs. Je me fais invité pour le thé sous une case qui surplombe la plage où reviennent les barques de pêcheurs. Tous sont à l’œuvre pour porter ces mastodontes de 300 kg de poids à vide et les hisser sur un petit tracteur qui les disposent un peu plus loin. Derrière les bâtiments de la marine royale il y en a des centaines d’ordonnées et de posées dans le sable. On me propose de passer la nuit abrité ds l’une d’entre elles ; je me cherche donc la barque adéquat avec un fond plat qui saura me protéger efficacement du fort vent et du sable. Entre les barques des monticules de bidons en plastic encordés les uns aux autres s’empilent sur de grands piquets sur lesquels flottent des morceaux de tissu de ttes les couleurs. Il y en a partout, on se croirait au Tibet. Avec ces drapeaux à prières volant au vent… Dans ma barque le réchaud ronronne et je me prépare un dîner bien calorifique à base de pâte en boule mayonnaise et thon à la tomate… ça fait du bien de se requinquer ! Le soir, le gardien débarque avec une théière fumante, un geste d’accueil bien sympathique de sa part qui fait toujours plaisir à un jeune pédaleur errant. En plein nuit, je le devinerais venir se pencher au dessus de mon embarcation pour s’assurer que je suis bien installé et il reviendra 10minutes plus tard pour me border d’une grosse couverture et d’un coussin… l’hospitalité peut se manifester de 1000 différentes  manières mais à chaque fois elle m’intrigue et me fait chaud au cœur, je n’arrive pas à  m’habituer à l’hospitalité car chaque fois qu’elle se manifeste je me retrouve transcendé, envahit par une chaleur humaine comme si c’était la 1ère fois qu’ou me prouvait à quel point l’homme pouvait se monter fraternel. Un cadeau du ciel à chaque fois ? Je ne crois pas, arrêtons de ne jurer que par Dieu ou par la providence. Un cadeau de l’Homme tout simplement, mais d’une richesse insoupçonnée… Le ciel est particulièrement magnifique cette nuit là avec un superbe tapis d’étoile derrière l’ombre des gros bancs de bois sous lesquels je suis installé. Le vent souffle, qqes chiens aboient, je devine le ressac langoureux des vagues sur la plage qui me berce et me fait sombrer ds les délices d’un doux sommeil réparateur.

07/03 – J’avance plus rapidement que prévu, comme souvent remarqué dans mes estimations. Ce jour-là je m’enquille 150kms et trouve refuge pour ma dernière nuit au Sahara Occidental (et au Maroc…) dans une petite ruine non loin de la route mais au milieu de nulle part. L’odeur n’y est pas des meilleures mais j’ai connu pire et au moins je serais à l’abri du vent. J’ai pu tt de même prendre mon pique-nique en bord de mer en suivant une petite piste sur 2kms environ. Au km 132 de Nouadhibou il est possible de se ravitailler en eau ds une gde station. La route s’enfile ensuite ds des petites collines rocailleuses parsemées de cairns tt le lg de la route. Je présume que c’est ds le coin que les québécois ont dû ériger leur petit inukshuk… je le cherche du regard mais en vain. Le soleil tape dure, il fait extrêmement chaud à l’approche de la frontière. Sur ma montre je lis 43 degrés… Heureusement que le vent est là pour rafraîchir cette atmosphère étouffante. Je comptais bivouaquer juste avant la frontière pr y passer tôt le matin en premier, lorsque l’ambiance autour du poste n’est pas trop enflammée, ms finalement celui-ci se présente plus tôt que je ne le croyais, à qqes 60kms de Nouadhibou. Il est 14h, je décide de tenter le coup aujourd’hui pour ne pas m’éterniser inutilement sous cette chaleur torride. Du coté Marocain, c’est une file de Mercedes qui s’étale sur 200m. Il y en a bien pour 2h d’attente vu le rythme auquel cette caravane de luxe avance devant la douane ; je profite de mon avantage pr doubler tt le monde sans remords. Les formalités sont vites expédiées et je quitte le poste 1h après y être arrivé. Le dernier douanier me fait tt une scène sur le fait qu’il soit écrit « Sahara Occidental » sur ma carte et veux que je corrige « l’erreur » au stylo avant de quitter le poste. Tout en restant diplomate je le prie de me rendre mon passeport et d’adresser sa requête auprès des gouvernements des pays du monde entier pour qu’ils modifient l’appellation sur leur cartes. En attendant, il est hors de question que je ne corrige quoi que ce soit sur ma carte officielle. Sa journée n’étant pas terminée et face à ma réticence imperturbable il consent finalement à me laisser partir et me recommande de bien rester sur la piste « …sinon, Boum ! » J’ai compris, attention aux mines… Je respecterais la consigne sur les 3.5kms de no man’s land entre les deux postes. La piste est mauvaise et se divise par endroit sans la moindre indication mais le substrat demeure roulable sur la plus gde partie de la distance. A qqes reprises je dois descendre et pousser Simba sur les tronçons sableux. Cet endroit incongru en plein désert est l’opportunité d’y effectuer un trafic de voitures bien fumeux. Des cimetières de 4 roues apparaissent ici et là, avec tjs qqes Mercedes garées autour desquelles on s’active à changer les plaques… Le poste frontière Mauritanien se manifeste par un premier petit baraquement en dure pour la gendarmerie puis un second groupement de cases rafistolées de tôles et de planches de bois pour la police et la douane un peu plus loin. Les formalités d’entrées ds le pays st également vite réglées et j’obtiens mon visa d’un mois sans pb pour les 20 euros réglementaires. Ouf, on ne s’est pas payé ma tête à cette frontière. La prochaine risque d’être un peu plus folklo avec le Sénégal… On me fait sauter la douane, on écarte le tapis clouté entre lesquels les roues de Simba auraient pu passer et hop, me voilà sur le sol Mauritanien. Perso, je n’y vois pas gde différence sauf qu’il y fait vraiment plus chaud. Je suis en nage complète, dégouline et me protège de mon cheich contre les rayons agressifs du soleil qui assomment. A 15h40 j’attaque les 10 derniers kms qui me séparent de mon prochain point de bivouac, un squat à 40 kms de Nouadhibou. La chaleur m’oppresse et l’eau bouillante de mes bouteilles ne parvient pas à me rafraîchir… pdt 1h je comate sans savoir quoi faire ni ds quelle position me mettre. J’ouvre la fenêtre et expose mon torse nu au vent sableux, ça va déjà un peu mieux. Ma peau est tte moite et je ne récupère vraiment qu’en début de soirée lorsque la température tombe. Je me délecte d’un riz au lait et d’une grosse orange.